CHARGES LIBRES ou GUIDEES - 16/01/2004 - Yvan CAMPBELL

NDLR Fitness-internet: Il est toujours étonnant de constater avec quelle facilité les marques utilisent l’image du sport, pour vendre des produits. Cela est d’autant plus hallucinant lorsque le produit en question existe déja sous une forme des plus basiques: L’eau…

Article paru dans le magazine Sport et Vie 84 (Mai/Juin)

L’eau qui fait maigrir!

D’ordinaire, seuls les publicitaires faisaient régulièrement écho aux présumées vertus de l’eau sur la ligne. Mais l’argument était réfuté avec autorité par les scientifiques. Non, l’eau ne fait pas maigrir. Elle ne fait pas grossir non plus. Elle ne contient aucune calorie. D’ailleurs, on dit d’elle qu’elle est un aliment “acalorique“.

Une étude récente vient pourtant de créer la brèche dans cette façon de présenter les choses. Certes, elle ne remet pas en question la nature acalorique de l’eau. Elle démontre seulement qu’un apport hydrique important participe à un échauffement de la musculature et à l’augmentation conséquente des dépenses caloriques (1).
Cette observation a été faite sur quatorze personnes de poids normal qui avaient chacune bu un demi-litre d’eau plate, douze heures après avoir pris leur repas. On mesurait alors leurs dépenses énergétiques grâce à l’analyse des gaz expirés (oxygène et gaz carbonique), comme lors d’un test d’effort.
Conclusion: bien qu’ils soient restés à l’état de repos, tous les sujets ont vu leur métabolisme de base augmenter de 30%.

Pour les auteurs, l’eau aurait ainsi pour effet de stimuler le système nerveux sympathique, élevant la thermogenèse pendant plusieurs heures d’affilée. On ne s’explique pas encore très bien les phénomènes mis en jeu. Mais, sur base de cette première découverte, les chercheurs ont néanmoins extrapolé la dépense énergétique supplémentaire à 150 calories par personne à raison de deux litres de flotte par jour.
Cent cinquante calories: cela ne suffit évidemment pas pour vaincre un problème d’obésité. En revanche, cette habitude de boire beaucoup peut contribuer à le prévenir.

(1) “Water-Induced Thermogenesis“, The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, vol. 88, n° 12, 6015-6019.M.

L’eau qui donne de la force!

Plus extraordinaire encore que l’eau qui fait maigrir, voici l’eau qui donne de la force! Cette théorie nous vient en droite ligne des Etats-Unis où, paraît-il, plusieurs athlètes ne jurent que par elle.
Ainsi, la “Super Athletic Water” commercialisée par Neways se targue d’améliorer l’endurance par le biais d’un apport accru d’oxygène aux cellules. La recette est admirable de simplicité. Il suffit d’insuffler le gaz directement dans le liquide comme on le fait pour le CO2 dans les eaux pétillantes gazéifiées après leur sortie du greffon.

Grâce à ce procédé, on multiplie par dix le taux d’oxygène dissout. “La super eau présente un avantage incontestable pour tous les athlètes“, déclare Matt Ghaffari, médaillé d’argent olympique en lutte gréco-romaine. Grâce à elle, il pense être en mesure de décrocher l’or à Athènes. D’autres zélateurs célèbres chantent ses louanges comme la coureuse à pied Cathy Freeman ou le décathlonien Robert Zmelik. Quant à Serena Williams, qui remporta à Key-Biscayne le premier tournoi de son come-back, elle fit très attention de ne pas en attribuer le mérite aux bouteilles de “LifeO2 qui garnissaient les frigos. Et pour cause: il s’agit d’une marque d’eau oxygénée concurrente de celle que la famille a elle-même mis sur le marché sous le nom de “SerVenRich” (forme raccourcie des prénoms: Serena, Venus et Richard, l’incontournable paternel).

Ce marché des eaux minérales pour sportifs est donc en pleine expansion aux Etats-Unis, phénomène qui devrait vraisemblablement gagner l’Europe. Déjà on peut acheter certaines marques par Internet. Au prix de cinq euros le litron, il faut évidemment y croire!
Car, de prime abord, rien ne permet d’imaginer qu’une eau enrichie en oxygène puisse avoir le moindre effet physiologique. Rappelons tout de même que, dans l’organisme, l’oxygène est véhiculé par l’hémoglobine qui se trouve à un niveau de saturation proche de 98% dans les artères. Même s’il reste une infime quantité d’oxygène dissout directement dans le plasma, elle n’intervient guère dans l’oxygénation des tissus (1).
Pour élever la quantité d’oxygène dans le sang, il faudrait avoir recours à des chambres hyperbares. Et encore! On ne gagnerait pas grand-chose. Bref, l’eau enrichie en oxygène nous paraît assez peu susceptible de constituer un quelconque avantage.

Mais, ne soyons pas trop catégoriques! Une série d’expériences qui, certes, proviennent pour la plupart de revues mineures, laissent tout de même entrevoir des éléments troublants. On s’aperçoit par exemple que l’eau enrichie en oxygène intéressait déjà les chercheurs allemands à la fin des années 50 lorsqu’il est apparu, grâce aux travaux de Seeger et Schacht, que le quotient de multiplication, c’est-à-dire la virulence des cellules cancéreuses, était inversement proportionnel à leur capacité respiratoire.
En d’autres termes, cela signifie qu’une meilleure respiration cellulaire avait pour effet paradoxal de freiner la maladie. Les chercheurs ont alors tenté d’influencer ce paramètre en jouant notamment sur la composition de l’eau. Il y a une dizaine d’années, cette piste explorée par le Docteur Pakdaman à l’Université de Munich avait même débouché sur une nouvelle méthode dite d'”oxygénothérapie pérorale” qui consiste à boire de l’eau super oxygénée en marge des traitements contre le cancer.

D’après l’équipe de chercheurs, cela permettait d’améliorer la sensibilité de la tumeur aux rayons et à la chimiothérapie (2).
Une autre explication à l’éventuel effet de ces boissons enrichies en oxygène fut proposée en 2001 (3). Elle implique le bon fonctionnement du foie. Imaginons en effet qu’une absorption du gaz s’effectue réellement au niveau de la muqueuse de l’intestin et de l’estomac. Le cas échéant, elle concernerait essentiellement le réseau sanguin digestif, c’est-à-dire la veine-porte qui irrigue aussi le foie et la rate. Ce sang naturellement moins riche en oxygène que le sang artériel pourrait alors gagner quelques points en termes de saturation de l’hémoglobine, améliorant du même coup les réactions d’oxydation au niveau hépatique, ce qui s’avérerait très utile en cas de cirrhose ou d’hépatite.
On peut donc admettre l’idée que l’oxygène dissout dans l’eau interagit avec le métabolisme. Mais son impact sur la performance sportive nous paraît beaucoup plus difficile à avaler. Par acquis de conscience, nous nous sommes tout de même procuré le document de synthèse de tous les travaux menés sur le sujet; même ceux qui n’ont jamais fait l’objet de publications et qui, de ce fait, n’ont pas été soumis au jugement d’autres chercheurs.
Une première étude porte sur une classe de 56 étudiants en éducation physique, pour qui on mentionnait une étonnante élévation du nombre de globules blancs dans le sang.
La seconde révélait que les consommateurs de cette boisson amélioraient en moyenne leur puissance maximale de 20 Watts. Mais aucun détail n’est donné sur les autres paramètres de l’effort: taux d’acide lactique, fréquence cardiaque, consommation d’oxygène, etc.

Bref, cela sent l’arnaque à plein nez. D’autant que les techniques industrielles ne sont pas à la hauteur des prétentions scientifiques. Les eaux enrichies en oxygène commercialisées sur le sol américain sont généralement conditionnées dans des bouteilles en plastique. Or, l’oxygène diffuse facilement à travers ce type de matériau, de sorte que la teneur réellement mesurée en laboratoire est loin des chiffres avancés par les fabricants. L’analyse fut menée par Craig Horswill du Gatorade Sports Science Institute (4).
D’après ces travaux, la marque “SerVenRich” qui se vantait de contenir 10 fois plus d’oxygène que la normale, en renferme à peine deux fois plus: 17 mg/l contre 8 mg/l.
Pour enfoncer définitivement le clou, citons enfin les conclusions d’une étude menée à l’Université du Wisconsin qui consistait à comparer en double aveugle contre placebo l’efficacité supposée de ces fameuses eaux super oxygénées (5). Dans cette expérience, les volontaires devaient boire un demi-litre de l’une des deux boissons, choisie au hasard, et un quart d’heure plus tard, passer un test d’effort au cours duquel on procédait au relevé de la fréquence cardiaque maximale, de la VO2 Max et du temps de soutien à VO2 Max. Quels furent les résultats? Nuls, absolument nuls! Le professeur Porcari conclut sans mal qu’en définitive ces eaux ne renfermaient rien d’autre… que de l’eau!

BIBLIOGRAPHIE:

(1) ANDERS M (2001): ACE Fitness Masters, sept/oct: 12-3 .
(2) Voir le site www.pakdaman.de
(3) FORTH W, ADAM O (2001): Eur.J.Med.Res., 6: 488-92.
(4) Voir le remarquable site que cet Institut consacre à l’hydratation: www.qssiweb.com
(5) PORCARI JP & Coll (2002): Med.Sci.Sports Exerc., 34: S 295.

Article écrit par EB et DR

ACCUEIL