CHARGES LIBRES ou GUIDEES - 16/01/2004 - Yvan CAMPBELL

Article paru dans le “SPORT et VIE” n°75

 

La tendinite est la plaie du sportif. Surtout du sportif vieillissant! Contrairement aux claquages et aux entorses qui surviennent de façon brutale et peuvent être “bilantés” ; c’est-à-dire que l’on peut déterminer plus ou moins précisément à la fois l‘origine et la durée de l’indisponibilité, la tendinite progresse sournoisement. Elle débute généralement par une petite douleur au réveil et évolue ensuite vers des souffrances qui deviennent insupportables à l’effort.

 

Ce coté insaisissable exaspère, bien sûr, ceux qui en sont victimes. On cherche alors des solutions tous azimuts: matériel, technique, entraînement. Tout est passé au crible pour s’apercevoir que, bien souvent, le premier responsable de ce genre d’affection, c’est tout simplement le changement!

Ainsi un coureur à pied qui s’est entraîné tout l’hiver en cross risque de se blesser en passant brutalement à la piste. À la fin des années 60 lorsque les athlètes découvrirent les premières pistes en tartan, ce fut littéralement l’hécatombe après des années passées à courir sur de ta cendrée. En tennis, c’est encore plus étonnant. Tout le monde est persuadé que la terre battue protège l’appareil locomoteur. Mais les américains qui débarquent à Roland Garros se retrouvent très souvent à l’infirmerie, tout simplement parce qu’ils ne sont pas habitués à jouer ces rallyes de fond de court où l’on glisse à chaque frappe de balle, alors que, chez eux, ils supportent très bien les échanges violents sur les surfaces dures.


Parfois le changement en question concerne essentiellement la corpulence. Un sportif qui prend rapidement du poids sera d’autant plus susceptible de développer une tendinite du fait des tensions inhabituelles exercées sur ses articulations. L’alimentation peut aussi jouer un rôle, même si actuellement on fait plutôt machine arrière devant l’indigence des arguments réellement scientifiques, du moins sur certains points.
Le fameux régime sans acides restera ainsi comme la plus belle mystification dans l’histoire de la médecine du sport. L’idée date des années 80 et plus précisément encore d’une épidémie de pubalgie qui s’était déclarée parmi les joueurs du carré magique de l’équipe de France de football: Platini, Tigana, Fernandez et Giresse. Une telle coïncidence a permis de comparer les méthodes de soins entre Tigana, par exemple, qui avait choisi de se faire opérer et Platini, plutôt adepte de la méthode douce, c’est-à-dire de l’adoption d’un régime sans acides pendant une quinzaine de jours. Ses médecins lui avaient conseillé d’exclure tous les aliments qui avaient un goût acide comme le vinaigre, le citron, les tomates, les ananas ou les oranges pas mûres. A l’époque, on pensait effectivement que les acides de l’alimentation s’additionnaient à ceux produits à l’effort et qu’à la longue, cette acidification de l’organisme abîmait les tendons.

On ne rit pas ! Ce régime sans acides et sa simplissime explication physiopathologique connaît aujourd’hui encore de nombreux adeptes. Toujours est-il que, grâce à Platini, la recette a bénéficié d’un formidable regain de publicité en dépit d’une inefficacité que l’on aurait pu juger rédhibitoire.


La machine était lancée! Après les aliments acides, la viande rouge s’est vue frappée d’anathème au motif qu’elle constituait un poison pour les muscles et les tendons. On partait du principe (totalement faux) que les protéines animales sont de grosses molécules mal assimilées à l’origine de mystérieuses toxines qui encrassent l’organisme. Il fallut attendre les travaux de Verger pour admettre que ce refus de la viande ne reposait sur aucune raison diététique valable.

 


Enfin, toujours dans le même registre des idées reçues, on conseillait de boire beaucoup, en cas de tendinite, pour éviter que les cellules hydrophiles de nos tendons ne soient victimes d’épisodes de déshydratation.
Reprenons ces recommandations une à une et voyons comment elles reposent souvent sur une base de vérité, mais nécessitent tout de même un bon petit coup de dépoussiérage. Sur l’acide d’abord. C’est vrai que l’acidité métabolique agresse nos cellules. Mais ce phénomène découle d’un déséquilibre entre les éléments acidifiants et alcalinisants de l’alimentation. Or les fruits diminuent l’acidité de l’organisme,

Si on les boycotte, on favorise en somme le processus contre lequel on veut lutter. A l’inverse, il faut se méfier de la prise répétée de sucres rapides. On doit d’ailleurs s’interroger sur cette nouvelle mode en diététique qui préconise d’assimiler des rations très riches en sucres juste après l’effort. On entend bénéficier ainsi des fameuses « fenêtres métaboliques » qui permettent une rapide remise à niveau du stock de glycogène.
Mais on risque du même coup de favoriser une acidification de l’organisme, très préjudiciable aux tendons. Quant au rejet de la viande, il s’inspire également d’un fond de réalisme. Certaines protéines animales figurent effectivement au rang des produits acidifiants: viandes grasses, blanc d’oeuf, fromages fermentés. Chez des personnes prédisposées, ces aliments consommés en excès peuvent favoriser la production d’acide urique, particulièrement toxique pour les articulations.

 

Mais rien ne justifie non plus cet oukase d’exclusion de tous les produits animaux. Chez le sportif, la goutte reste exceptionnelle? En boycottant la viande, on se prive aussi d’une source intéressante de fer, de vitamine B9 et de zinc. Bref, il ne reste pas grand chose des anciens conseils de diététique contre les tendinites sauf peut-être le conseil de boire beaucoup pour favoriser un drainage local, ce qui semble particulièrement important au niveau du tendon d’Achille (3). Cette recommandation reste d’application. Précisons seulement que tous les liquides ne participent pas de la même manière à une bonne hydratation cellulaire. Du fait de la simple loi de l’osmose, on doit se souvenir qu’une préparation trop sucrée, trop salée ou trop protéinée appelle l’eau hors des cellules et contribue donc plutôt à accroître le problème.

Récapitulons à présent les quelques recommandations de base pour tous ceux qui souffrent de tendinites :

 
Boire un ou deux litres d’eau plate par jour.


– Limiter les aliments et les boissons qui contiennent beaucoup de sucres rapides.


– Compenser la dépense énergétique en phase d’entraînement en mangeant beaucoup de fruits et de   végétaux (crus, cuits, vapeur).


– Respecter enfin le rythme de l’alimentation en évitant notamment de faire des efforts pendant la digestion.

 

Dr CD

 

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