CHARGES LIBRES ou GUIDEES - 16/01/2004 - Yvan CAMPBELL

La vie rêvée des hanches
Article paru dans Sport et Vie n° 87

                                                                                                      

La série continue. A 34 ans, Corentin Martins vient d’annoncer qu’il mettait un terme à sa carrière de footballeur en raison de douleurs à la hanche. Son cas rappelle celui de Manuel Amoros qui, à la fin de sa carrière, boitait bas lui aussi et qui dut ensuite se faire poser une prothèse totale pour continuer à marcher normalement. Il faut dire que les hanches sont les mal aimées de la médecine sportive. On oublie souvent de leur prêter suffisamment d’attention lors des visites médicales d’aptitude. A juste titre, on s’attarde sur l’électrocardiogramme ou la stabilité du genou. Mais on devrait aussi examiner à la loupe la hauteur de l’interligne articulaire. Si un sportif présente une inégalité des membres inférieurs, le bassin basculera toujours vers le côté le plus court. Ce faisant, il découvrira la tête fémorale opposée et réduira du même coup la surface d’amortissement. D’où le risque d’une usure précoce. Diverses petites malformations de ce type méritent aussi qu’on leur porte attention par le biais d’un examen radiographique ou d’une coxométrie qui consiste à mesurer toutes les angulations de la hanche.
Dans la vie de tous les jours, cette articulation subit des contraintes énormes notamment en raison des bras de levier défavorables entre le bassin et le col du fémur. Les étudiants en médecine connaissent bien la fameuse “balance de Pauwels” qui veut qu’à chaque pas la hanche en appui supporte une pression équivalente à quatre fois le poids du corps. Elle fait partie des notions rabâchées (et d’ailleurs fausses) de la formation en biomécanique. Car cette vision du squelette ne tient pas compte de l’inertie du corps en mouvement et des phénomènes de blocage après une course ou dans la réception d’un saut. Les contraintes s’avèrent même particulièrement violentes dans les disciplines qui imposent des déplacements courts et rapides avec des allers-retours et des changements de direction incessants. Exemple? Le handball! Dans ce type d’exercice, la pression sur les hanches peut atteindre jusqu’à dix fois le poids du corps!
Une équipe de Rouen a récemment démontré que ces contraintes démesurées occasionnaient un risque important d’usure de la hanche (1). Sur vingt joueurs de niveau national dans les années 80, huit présentaient une coxarthrose (arthrose de la hanche). Dans d’autres disciplines aussi, on assiste à l’émergence d’une véritable épidémie. Souvent, elle concerne des sportifs qui, arrivés à la quarantaine, accusent une petite faiblesse au niveau de la musculature du bassin (2) ou une régénération de cartilage moins efficace (3). Face à cette problématique, les médecins ont longtemps commis l’erreur de recommander le repos. En réalité, cette pathologie ne déroge pas à la règle que doit maintenant bien connaître le lecteur de cette rubrique, à savoir que, dans bien des cas, la poursuite d’une activité légère favorise le maintien de la fonction. Lorsqu’on blesse artificiellement une hanche de lapin et qu’on l’immobilise, on constate une mort définitive du cartilage avec une arthrose galopante, alors que le lapin qui continue à gambader voit cette blessure cicatriser plus rapidement.
Pour la hanche comme pour le genou, il faut donc rester en mouvement et privilégier le travail des muscles dits “pelvitrochantériens” qui tiennent l’articulation en place et sont malheureusement trop souvent négligés dans les programmes de renforcement musculaire (4). Les avis évoluent également pour ce qui concerne la poursuite d’une activité sportive. Autrefois, on déconseillait tous les sports en charge au profit des sports dits portés comme le vélo ou la natation. Actuellement, on en revient à des disciplines plus exigeantes sur le plan articulaire. Une étude américaine a montré qu’il n’existe pas de contre-indication formelle à la pratique du tennis pour les porteurs d’une prothèse de hanche (5). D’autres travaux ont révélé que des sports doux comme le golf constituaient même un traitement efficace contre la coxarthrose (6). Faites passer le message à Corentin Martins.

Dr CD

(1) Etude menée par le GRHAL (Groupe de Recherche sur le Handicap de l’Appareil Locomoteur) et le CETAPS (Centre d’Etude des Transformations des Activités Physiques et Sportives) à l’Université de Rouen.
(2) Ex-professional association footballers have an increased prevalence of osteoarthritis of the hip compared with matched controls despite not having sustained notable hip injuries. Br. J Sports Med ;fév 2003; 37: 80-81
(3) Influence of sporting activities on the development of osteo arthritis of the hip: a systematic review. Arthritis Care and Research, 49, 2 avril 2003: 228-236
(4) Reliability of stabilised commercial dynamometers for measuring hip abduction strength: a pilot study. Br. J Sports Med; Août 2003; 37: 331-334
(5) Tennis after total hip arthroplasty. The American Journal of Sports Medicine, 27; 1999: 60-64
(6) Coxarthrose: traitements et développement de l’activité physique. 2ème Journée REV, le 14 mai 2004

Coxarthrose: le dégât des os

Certaines disciplines sont plus menacées que d’autres par les pathologies de la hanche. On pense naturellement au football, au rugby, au hand, au basket, etc. Plus inattendu: c’est également le cas de la danse classique! La position des chevilles en rotation externe -on parle de pieds en “dix heures dix”– et la répétition d’exercices de souplesse dès le plus jeune âge (surtout le grand écart) risquent de modifier l’orientation du col fémoral et de chambouler la biomécanique de la hanche. Le tennis aussi se trouve en première ligne, même dans sa version sur terre battue, ce qui paraît assez paradoxal dans la mesure où jusqu’à présent, la possibilité de glisser sur la surface avait plutôt la réputation de préserver les articulations de la cheville, du genou ou du dos. Seulement, le problème naît ici d’un conflit entre les ceintures pelvienne et scapulaire, directement lié à l’accélération du jeu. C’est presque un cas d’école.
Désormais, la balle va tellement vite que le jeu en “toucher” qui faisait la gloire de joueurs comme Panata, Nastase ou McEnroe ne trouve plus guère le moyen de s’exprimer aujourd’hui. Pour gagner des matchs, il faut dépasser son adversaire et cogner encore plus fort que lui dans toutes les positions. De ce fait-là, le joueur n’a plus le temps de se positionner de profil par rapport à la trajectoire de la balle comme on l’enseigne dans les écoles de tennis. Il joue face au filet comme au tennis de table.
La généralisation du lift oblige également à frapper la balle très haut. Parfois même au-dessus de la tête. Sur le plan articulaire, cela se traduit par des phénomènes de compression tout à fait anormaux entre un bassin plus ou moins fixe et des épaules en rotation très brutale. Les maux de hanches surviennent d’autant plus facilement qu’on pourra leur associer des facteurs de risque comme une petite malformation congénitale ou un excès pondéral. Sans oublier, bien sûr, l’intensité de l’entraînement. Récemment, le docteur Parier présentait un travail d’analyse sur 20 cas d’atteintes de hanche au centre d’entraînement de Roland-Garros où il officie comme médecin (1). On retrouve dans ces descriptions la genèse des douleurs qui accablent des champions comme Gustavo Kuerten, Nicolas Escudé ou encore Magnus Norman. Chacun cherche alors une solution rapide et définitive. Escudé vient d’être opéré. Kuerten revient de sa deuxième intervention. Mais que peut-on opérer? Rien en fait! On met un arthroscope dans l’articulation. Au besoin, on la nettoie en retirant à grands jets des bouts de cartilage en vadrouille. Mais cette technique déjà ancienne a quasiment été abandonnée pour l’articulation du genou, en raison de son manque flagrant de résultat, et il nous étonnerait beaucoup qu’elle présente un quelconque intérêt au niveau de la hanche. Certains chirurgiens procèdent alors à la fameuse visco-supplémentation, une technique qui consiste à injecter de l’acide hyaluronique afin de mieux “huiler” l’articulation. Mais cela ne résout rien. Au contraire! Le joueur qui souffre moins reprend son entraînement dans l’idée de rattraper le temps perdu et, finalement, il détériore son cartilage avec encore un peu plus d’enthousiasme. Sur le plan médical, on ne se lasse jamais de refaire les mêmes bêtises.

Dr CD

(1) Hanche et tennis. Rencontres nationales médecine et tennis. Bordeaux. 18/09/2004

                                                                                  ABONNEMENT SPORT ET VIE
                                                                                     ( cliquez sur la couverture)

                                                                                                             

ACCUEIL